Les nouvelles opportunités du marché de la réparation

Marché de la réparationLes métiers de la réparation représentent 20% des métiers de services (cordonnerie, couture, électronique, etc…). Pour beaucoup de ces métiers, les perspectives d’avenir sont réduites car l’offre de service « réparation » n’a cessé de perdre des parts de marché avec le développement de la société de consommation. A cet égard, l’exemple des professions de réparation des matériels électroniques, électriques et électroménagers qui subissent le discours des marques et de leurs distributeurs est éloquent : « On ne répare plus les matériels électroniques, électroménagers, on remplace » ! Les garanties et réparations proposées par les marques et la grande distribution sont onéreuses parce qu’elles sont basées sur le remplacement de modules entiers et non pas sur les composants. Lire la suite

« Réparer des objets : au-delà de la symbolique, un modèle d’entreprise individuelle bien dans l’air du temps »

RETOUR D’EXPERIENCE MARCHE DE LA REPARATION : L’ENTREPRISE PEP’S DE REPARATION DE PARAPLUIES

Interview de Thierry Millet, artisan concepteur et réparateur de parapluies à Paris

L’activité de PEP’S est unique en France. Installé depuis 1967 dans le quartier du Sentier de Paris, l’atelier a été repris au début des années 2000 par Thierry Millet. Il y effectue chaque année des milliers de réparations de parapluies provenant du monde entier, et propose un choix unique de parapluies, d’ombrelles et de cannes de haute qualité.

Quand et comment vous êtes-vous lancé dans la réparation de parapluie ?
Au début des années 2000, j’avais derrière moi une carrière dans l’entreprise en tant que cadre dirigeant dans le secteur du mobilier design. Les événements de la vie ont fait que j’ai dû à cinquante ans passés m’inventer une nouvelle place dans le monde du travail. J’ai utilisé mes compétences manuelles, j’ai fait l’école Boulle dans ma jeunesse, et une opportunité,  la reprise d’une toute petite entreprise de réparation de parapluie.

Quelle analyse faisiez-vous alors du marché de la réparation ?
Si je me focalise sur mon objet de prédilection, le parapluie, les comptes sont rapidement faits : chacun achète et jette au moins 2 parapluies par an.  La France importe chaque année 12 à 15 millions de parapluies. Ils cassent tous plus ou moins sous la première forte pluie. Toutes les structures de parapluie sont chinoises. Il y a 400 sortes de parapluies, il en sort de nouveaux tous les 6 mois : la création est faramineuse et de plus en plus de mauvaise qualité pour réduire les coûts.

Une aberration d’un point de vue écologique ? Comment lutter ?
Faire des produits solides, durables. Privilégier ce type de consommation. Et faire réparer au lieu de jeter.

Quels sont les obstacles ?
J’en vois au moins deux :
- la croyance que faire réparer c’est plus cher que de racheter. C’est faux.
- la non-rentabilité à l’échelle industrielle du recyclage des parapluies ! Ca ne peut marcher que si on travaille tout seul comme moi. Je récupère les parapluies cassés que l’on me donne spontanément. Je les démonte et je récupère les pièces. Je recycle à mes frais, ce qui me permet de réparer toutes sortes de modèles.  J’ai  500 000 pièces détachées dans mon atelier. Il y a deux cents pièces dans un parapluie chinois.

Comment expliquez-vous la réussite de votre entreprise ?
Mon savoir-faire n’est pas unique. En revanche je suis le seul à l’exercer dans la réparation et je suis tout seul dans mon entreprise. Mon succès est bien sûr lié à ma personnalité et à ma capacité à me faire connaître. Pour pouvoir vivre de la réparation, il faut en effet avoir des volumes, et là je ne connais pas la crise ! Des parapluies m’arrivent du monde entier. Tous les fabricants français et européens me connaissent et renvoient vers moi les clients qui souhaitent faire réparer leur parapluie.

Est-ce que vous travaillez avec les recycleries et les Repair cafés?
Je suis connu de ces associations et je les connais. Mais réparer un parapluie ça n’est pas possible pour elles. Il faut des pièces détachées et pouvoir y accéder. Cela n’est possible que dans mon atelier. Le développement de ces associations est une bonne chose, car elles font la promotion du recyclage auprès des consommateurs.

La réparation d’un seul type de produit dans une entreprise c’est donc un modèle qui marche ?
Oui, il nourrit son homme. Avec la crise économique qui dure,  les problèmes environnementaux qui s’enlisent, la destruction des emplois industriels et l’incapacité du capitalisme à produire de la croissance, les standards de réussite professionnelle et les modes de vie d’hier ont été balayés. Aujourd’hui de nouveaux modèles de vie sont expérimentés et fonctionnent.

 


Pour en savoir plus :
Site web de l’entreprise PEP’S : http://www.peps-paris.com/

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