Les nouvelles opportunités du marché de la réparation

Marché de la réparationLes métiers de la réparation représentent 20% des métiers de services (cordonnerie, couture, électronique, etc…). Pour beaucoup de ces métiers, les perspectives d’avenir sont réduites car l’offre de service « réparation » n’a cessé de perdre des parts de marché avec le développement de la société de consommation. A cet égard, l’exemple des professions de réparation des matériels électroniques, électriques et électroménagers qui subissent le discours des marques et de leurs distributeurs est éloquent : « On ne répare plus les matériels électroniques, électroménagers, on remplace » ! Les garanties et réparations proposées par les marques et la grande distribution sont onéreuses parce qu’elles sont basées sur le remplacement de modules entiers et non pas sur les composants. Cette situation incite le consommateur au rachat de matériel neuf. Or, le contexte offre de nouvelles opportunités aux métiers de la réparation : une réparation qui n’excède pas 30% de la valeur du matériel neuf est rentable, les nouvelles tendances de la consommation, la crise économique, sociale et environnementale, les travaux réglementaires en cours, la dénonciation de l’obsolescence programmée mise en œuvre par certaines industries depuis des décennies créent un nouveau contexte, favorable à ces activités de réparation.

Un contexte favorable

 

  • Nouvelles tendances de la consommation

Ces dernières années, une prise de conscience par les consommateurs que leurs comportements d’achats sont un moyen d’agir sur l’emploi et l’environnement s’est fait jour, se traduisant par une consommation du « moins » ou « autrement », plus raisonnée, un besoin d’action, de sens et de cohérence. D’après une enquête d’Ethicity menée en 2013, 48% des Français déclarent avoir davantage privilégié les produits plus durables ces 12 derniers mois, et 24% (+ 4 points vs 2012) déclarent être tout à fait d’accord sur le fait d’agir au service de leur conviction via leurs achats. La crise économique a impacté le pouvoir d’achat et conduit les consommateurs à rechercher et privilégier les meilleurs équilibres entre le prix et l’impact de leurs comportements. Cette évolution représente un enjeu vital pour les entreprises. Elles doivent désormais proposer des produits attractifs sur tous les plans (dont le prix) et inventer de nouveaux services liés à l’usage.

  • Le Grenelle de l’environnement

Depuis 2009, le Grenelle de l’environnement privilégie la prévention des déchets ou réduction à la source, à tout autre mode de valorisation des déchets. Il instaure l’obligation de mise en place de plans locaux de prévention par les collectivités et fixe des objectifs nationaux de réduction de la production de déchets des ménages de 7 %. Ce sont donc les particuliers qui sont visés et qui ont dû chercher des alternatives à l’achat de nouveaux produits.

  • Le plan national de prévention des déchets

Dans les années à venir, au vu des textes de loi en prévision et en particulier le Plan National de Prévention des Déchets 2014-2020, le secteur de la réparation a de belles perspectives devant lui.
Dans le contexte de la directive-cadre européenne sur les déchets (directive 2008/98/CE du 19 novembre 2008), le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie a lancé dès 2012, en lien avec l’ADEME, des réflexions associant l’ensemble des parties prenantes concernées par la prévention des déchets (représentants de l’État et des collectivités territoriales, des entreprises, des acteurs du traitement de déchets, de l’économie sociale et solidaire, des associations de protection de l’environnement et des consommateurs) afin d’élaborer de manière concertée un plan national de prévention des déchets pour la période 2014-2020.
Ce plan cible toutes les catégories de déchets (déchets minéraux, déchets dangereux, déchets non dangereux non minéraux), de tous les acteurs économiques (déchets des ménages, déchets des entreprises privées de biens et de services publics, déchets des administrations publiques).

Il se donne comme ambition de rompre progressivement le lien entre la croissance économique et la production de déchets et il constitue un levier pour la mise en œuvre de la transition énergétique et environnementale. Il s’inscrit en effet pleinement dans la démarche de l’économie circulaire en tant qu’outil au service de l’évolution de notre modèle économique vers un modèle durable, non seulement au plan environnemental, mais aussi économique et social.

  • La lutte contre l’obsolescence programmée

On peut aussi citer la loi Hamon de mars 2014 pour la lutte contre l’obsolescence programmée qui prévoit l’obligation d’extension de garantie des produits de six mois à deux ans et l’obligation d’information sur la disponibilité de pièces détachées pour la réparation. Jusqu’à présent, en cas de défaillance d’un produit survenu dans les six mois suivant l’achat, le défaut était présumé exister. Ce délai a été allongé et passe à deux ans. Cette mesure d’allongement est complétée par l’obligation de communiquer au public, sur le lieu de vente, la durée pendant laquelle les pièces détachées indispensables à l’utilisation d’un appareil seront disponibles. Ces obligations n’entreront en vigueur que deux ans après la promulgation de la loi, mais la disponibilité de pièces détachées devrait offrir de nouvelles opportunités aux métiers de la réparation.

Comment développer son activité de réparation ?

Dans un tel contexte, l’artisanat a des opportunités de reconquête de marchés sacrifiés à la société de consommation. Il faut pour cela qu’il adopte un positionnement marketing et un discours d’entreprise en phase avec les attentes des consommateurs. Les entreprises de réparation sont, pour la plupart, des petites structures (moins de 3 salariés) avec pour clientèle majeure les particuliers. On les trouve dans de nombreux secteurs :
•    Cordonnerie – maroquinerie
•    Couture
•    Coutellerie
•    Electroménager
•    Horlogerie – bijouterie
•    Informatique –téléphonie
•    Matériel de jardinage, motoculture de plaisance
•    Réparation de cycle
•    Travail du bois, Ameublement, équipement de la maison
•    TV – audiovisuel

Aujourd’hui, les consommateurs attendent des entreprises qu’elles les rassurent sur la qualité de leurs achats et sur leur valeur.  Ils veulent être sûrs de faire les bons choix. Pour répondre à ces attentes, les artisans doivent jouer la carte de la pédagogie du développement durable, donner envie de changer les comportements ou d’accompagner leur changement en expliquant les bénéfices d’une consommation raisonnée et responsable.

La promotion de l’acte de réparation auprès du grand public est nécessaire. On observe de plus en plus d’initiatives allant dans ce sens. Par exemple, la marque « répar’acteurs » créée en Aquitaine destinée à promouvoir les artisans de la réparation. Cette marque est reprise au plan national par plusieurs Chambres de métiers et de l’artisanat.
Ces opérations ont pour objectif :

  • La réduction des déchets par la réparation des biens que le consommateur a l’habitude de jeter. Il s’agit d’inciter le particulier à la réparation et non au remplacement.
  • Le maintien d’un tissu d’entreprises locales de la réparation à l’échelle d’une agglomération ou d’une communauté de communes.

Elles portent sur les axes suivants :

  • Animations territoriales : actions menées dans le cadre de plans locaux de prévention, Plan Climat Energie Territoriaux et les Agenda 21 en partenariat avec les collectivités territoriales.
  • Mobilisation des professionnels de la réparation et offre d’une meilleure visibilité auprès du grand public par le biais d’une identité visuelle, d’un plan de communication et d’un accompagnement sur le volet marketing.

On peut aussi souligner l’organisation d’une vingtaine de « Repair café » en France. Ces initiatives, basées sur des exemples néerlandais, sont des lieux qui permettent aux particuliers de réparer leurs objets avec des artisans bénévoles ou des passionnés et participe donc au changement des mentalités.