Les matériaux biosourcés : diversification des ressources d’approvisionnement dans les métiers de l’aménagement et de la finition

matériaux-biosourcésLes habitations d’hier étaient construites et isolées avec les matériaux accessibles localement, pris dans le sol, la végétation et sur le dos des animaux. Ces matériaux étaient en grande partie biosourcés avant même que le terme ne soit créé. Aujourd’hui, les matériaux et produits utilisés dans la construction viennent du monde entier. Ils comptent beaucoup d’énergie grise (somme des énergies nécessaires à la production, à la fabrication, à l’utilisation et enfin au recyclage des matériaux). Leur utilisation est incompatible avec l’atteinte des objectifs du Grenelle de l’environnement dans un contexte où les besoins en construction et en rénovation ne cessent d’augmenter.
Les produits biosourcés sont « redevenus » intéressants car ils permettent d’atteindre des objectifs de développement durable dans leur double dimension, environnementale et sociale. Ils apportent une alternative à l’utilisation de matières premières non renouvelables. Leurs performances thermiques et hygrométriques sont reconnues. Ils permettent de créer des emplois non délocalisables. Et enfin, ils redonnent aux territoires leurs spécificités régionales en valorisant des matières premières locales.

Distinguer les matériaux biosourcés

Si le terme « matériaux de construction biosourcés » est sujet à diverses interprétations, la définition retenue est celles apportée par le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) : « L’ensemble des matériaux et produits dont une partie des matières premières est issue du monde du vivant (biomasse végétale et animale incluant les matières recyclées, fibres de bois comprises mais hors bois d’oeuvre) ».
Les matériaux retenus sont : chanvre, lin, ouate de cellulose, fibres de bois, paille, liège, fibres de coton recyclées, plume de canard, laine de mouton et roseaux. Un matériau biosourcé est issu de la biomasse animale ou végétale. Suite à un mandat de la Commission Européenne, des travaux  normatifs européens ont vu le jour afin d’élaborer des normes sur les produits biosourcés. Ils portent sur la terminologie, les solvants biosourcés, le contenu en biosourcés, les critères de durabilité et l’analyse du cycle de vie, les outils de déclaration et de certification. Ces travaux sont suivis en France par la commission gérée par AFNOR et le BNPP (Bureau de Normalisation des Plastiques et de la Plasturgie).
Dans le domaine de l’aménagement et de la finition, la plupart des produits biosourcés sont des produits qui étaient utilisés autrefois et sont tombés dans l’oubli à cause d’une utilisation trop réduite et de la perte des savoir-faire.
Ces matériaux biosourcés ont des vertus pour les artisans qui les utilisent et pour les usagers finaux, les habitants des constructions dans lesquelles ils ont été mis en œuvre : ils sont sains et leur composition est totalement transparente, ce qui permet de prévenir les risques d’allergie notamment.

Les sources d’approvisionnements en matériaux biosourcés

Les produits d’isolation biosourcés se trouvent dans les magasins de vente de matériaux « bio-construction ». Les peintures, enduits et vernis biosourcés se trouvent chez les droguistes, chez certains fabricants spécialisés dans les produits de décoration, de pigments, marchands dit « de couleurs, de décoration », de restauration de mobiliers… Ces fabricants et distributeurs se trouvent sur internet.
Pour les produits plus rares, la vente par correspondance est aussi une habitude des fabricants-revendeurs. Il existe tout un réseau de partenaires en France pour se fournir en matériaux biosourcés.
L’entrepreneur pourra créer son propre réseau de fabricants et de fournisseurs. Il lui revient de vérifier par lui-même que l’énergie grise n’est pas trop importante dans les produits qu’il utilise et dans la manière dont il en fait usage. Il devra aussi vérifier que le volet social et la philosophie du biosourcé ont été  respectés par les producteurs. D’un bout à l’autre de la chaîne d’utilisation de ces produits, les valeurs du biosourcé doivent être comprises et assurées.

Essor du marché du biosourcé dans la construction

Face aux enjeux environnementaux décrits par le premier Grenelle de l’Environnement (2007), le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie (MEDDE) s’est inscrit dans une démarche d’incitation au développement des filières vertes parmi lesquelles les matériaux de construction biosourcés représentent un enjeu fort.

Un plan d’action national réunissant de nombreux acteurs du biosourcé et piloté par le MEDDE s’est engagé, à partir de 2010, sur des thématiques telles que : la formation, l’analyse de cycle de vie, la professionnalisation des acteurs, la certification des matériaux… afin d’en accroître l’usage.

En 2013,  l’étude réalisée par le cabinet de conseil Nomadéis à la demande de la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DHUP) fait ressortir un accroissement significatif des volumes de ventes, malgré une conjoncture difficile, une progression à deux chiffres des volumes sur les trois dernières années et supérieure à 20% pour certains matériaux et produits.

En 2014, Construction & Bioressources (C&B), principale association des filières du biosourcé table sur une augmentation des besoins en matériaux de construction de plus de 50% d’ici 2050, et sur une croissance du secteur des matériaux biosourcés supérieure à 10%. Le biosourcé représente 8% du marché de l’isolation des bâtiments. Les filières du biosourcé ont permis la création de plus de 4000 emplois directs et indirects sur les 6 dernières années. Il a permis la création d’activités non délocalisables et dans le secteur de l’insertion. Il offre de nouveaux débouchés pour l’agriculture, la sylviculture et les matériaux recyclés. Il est avéré qu’il contribue à une moindre pollution de l’air intérieur des bâtiments, qu’il n’entre pas en concurrence avec la vocation alimentaire des terres. Il est inscrit dans les logiques de l’économie circulaire.

Les leviers du déploiement du biosourcé dans la construction

Les matériaux de construction biosourcés disposent d’un potentiel d’innovation et de développement élevé. La filière «biomasse matériaux» a été identifiée par le Ministère du développement productif comme l’une des 18 filières industrielles stratégiques de l’économie verte en raison de son fort potentiel de développement économique et de son rôle pour diminuer notre  consommation de matières premières d’origine fossile, limiter les émissions de gaz à effet de serre et créer de nouvelles filières économiques.

Grâce à l’action des pouvoirs publics, et particulièrement au plan d’actions en faveur du biosourcé piloté depuis 2010 par la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages, les filières sont de plus en plus structurées, et elles ont commencé à rédiger ou achevé d’écrire leurs règles professionnelles (chanvre et paille notamment). Celles-ci  décrivent l’ensemble des bonnes pratiques issues de retours d’expérience et la mise en œuvre des produits.

Pour stimuler la mise en œuvre de ces produits, un label «Bâtiment biosourcé» a été créé par un arrêté daté du 19 décembre 2012 du Ministère de l’Egalité des Territoires et du Logement qui définit les ratios par défaut pour estimer la masse de matière biosourcée contenue dans les produits de construction biosourcés mis en œuvre dans un bâtiment.

Pour apprécier l’aptitude à l’emploi des produits et procédés dans la construction, et ainsi aider les entreprises à développer et à  vendre des produits biosourcés, il existe plusieurs niveaux d’évaluation technique. Cet aspect est essentiel car le développement du biosourcé passe par son déploiement à plus grande échelle dans les chantiers en restauration comme dans le neuf. Pour accélérer cette dynamique de mise en route sur les marchés de la construction, les services publics ont un rôle à jouer, notamment dans l’accompagnement de la réalisation de tests en laboratoire sur ces produits.

La fluidification du dialogue entre les maîtres d’œuvre, les maîtres d’ouvrage, les chefs d’entreprise, les applicateurs, les assurances est également essentielle pour mieux faire connaître ces produits.

La Réglementation thermique 2020 qui mise sur les énergies renouvelables, le label «Bâtiment biosourcé», le label RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) rendu obligatoire le 1er juillet 2014 pour que les clients puissent bénéficier des aides et subventions de l’État, et les travaux de normalisation en cours devraient favoriser un fort développement du biosourcé dans les prochaines années.

Prescrire l’utilisation des matériaux biosourcés à ses clients quand on est artisan

Par rapport à des produits et des marques bien ancrés sur le marché, les produits biosourcés doivent être expliqués pour être acceptés par les clients. En effet, il n’existe pas actuellement de qualification professionnelle en lien avec les techniques et les savoir-faire du biosourcé. L’artisan devra donc arriver à convaincre ses donneurs d’ordre. Il pourra mettre en avant des attestations de formations (non qualifiantes) à une technique particulière, et les certifications obtenues sur les produits qu’il entend mettre en œuvre. Il devra prouver son expérience et la qualité de ses réalisations. Le savoir-faire est en effet l’élément essentiel de la qualité des ouvrages.

Il pourra également expliquer les avantages environnementaux, sanitaires et sociaux du biosourcé, et démontrer la performance des produits : le caractère renouvelable de la matière première, stockage de carbone atmosphérique, apport au développement économique des territoires, valorisation des spécificités régionales, création de filières locales, mise en synergie des acteurs économiques et privés avec les organisations territoriales, levier de création de valeur et d’emplois non-délocalisables.

Recommandations aux entreprises : communication et formation

Il conviendra d’inscrire sa démarche dans les objectifs du Grenelle de l’environnement et d’apporter à son niveau sa pierre à la structuration des filières et à la normalisation des produits.

Pour ce qui concerne le développement de produits et leur mise sur le marché, les petits industriels et les entreprises innovantes dans le domaine du biosourcé auront intérêt à trouver des partenaires financiers et techniques pour obtenir des certifications indispensables à leur mise en œuvre (ACERMI, CSTB, ATec, ATex, Pass’Innovation). L’association Construction & Bioressources, et la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages ont mis en place un travail de développement de biosourcé sur les chantiers, ainsi que l’organisation de la filière biosourcé.

Pour la mise en œuvre, les filières ont mis en place des formations en direction des maîtres d’œuvre et des applicateurs. Pour l’entreprise, proposer des produits et matériaux biosourcés impose une vraie démarche de formation pour réapprendre tous les systèmes constructifs et possibilités de mélanges de ces produits.

Au-delà de la connaissance, de la vente et de l’utilisation de ces produits, investir le marché du biosourcé dans la construction correspond, encore aujourd’hui, pour l’artisan et ses clients, à une démarche d’engagement à la fois politique, écologique et humain.

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