« Les consommateurs ont pris conscience du gaspillage inutile. »

RETOUR D’EXPERIENCE

Daniel SOVRAN

Daniel SOVRAN

Au service des particuliers et des professionnels, depuis 18 ans, Atelier Pro Vidéo (Colomiers, Midi-Pyrénées), est spécialisé dans la maintenance du matériel audiovisuel ainsi que l’installation et la réfection d’antennes. Son dirigeant, Daniel Sovran défend la cause de la réparation contre le dommageable réflexe du jeter-remplacer.

La conjoncture serait favorable à la réparation, plutôt qu’au remplacement des appareils ménagers (télévision et audiovisuel). Est-ce que de votre point de vue, c’est la crise ou le souci environnemental qui sont moteurs?
Certainement les deux, les consommateurs ont pris conscience  du gaspillage inutile, ils ont à l’esprit de réduire le nombre des déchets. Je pense qu’effectivement en cette période économiquement difficile il est préférable pour le consommateur de faire réparer sa télévision plutôt que d’en acheter une nouvelle.

Est-ce que votre entreprise profite de cette conjoncture? Est-ce vraiment sensible en terme de revenu?
Pendant la période du passage à la TNT (de 2005 à novembre 2011 passage au tout numérique pour notre région), les consommateurs ont acheté de nouveaux téléviseurs pour suivre l’évolution technique et ont donc déserté nos ateliers de réparation. Aujourd’hui,  ces téléviseurs tombent en panne et une partie de ces consommateurs privilégient la réparation plutôt que le remplacement par un appareil neuf. Effectivement nous avons constaté une hausse de la fréquentation dans notre atelier. Le consommateur vient rechercher le conseil du professionnel pour savoir s’il est toujours possible de réparer à des tarifs raisonnables ou s’il est préférable de remplacer le produit. Dans la majorité des cas le client décide de laisser le matériel en réparation.

Comment voyez-vous la concurrence des Repair’Café que l’on voit fleurir un peu partout?
Il ne s’agit pas véritablement de concurrence car notre profession de technicien électronicien en maintenance de produits d’équipement grand public (télévision, lcd, plasma, vidéo…)  demande une formation première spécifique, une technicité très pointue ainsi qu’un équipement spécialisé très sophistiqué et coûteux. De plus, pour être toujours performant, efficace et à la pointe de la technologie, nous devons suivre des stages techniques constructeurs Samsung, LG, Philips, Sony… (6 environ par an) organisés par FEDELEC (Fédération professionnelle des électroniciens et électriciens).

Quels avantages ou menaces représentent-ils pour le développement de votre activité ou celles de la réparation au sens large?
Les interventions faites dans les Repair’Café ne peuvent être que de premier niveau (changement de fusible, nettoyage, réglage, mauvaise utilisation du produit etc.).
En revanche dans notre atelier, nous privilégions la réparation à chaque fois que cela est possible car elle est moins onéreuse que l’échange systématique des platines ou cartes électroniques en cause.

Est-ce que le développement des ressourceries qui récupèrent des matériels d’occasion et les vendent à très bas prix ont un effet sur votre activité de réparation?
Actuellement, nous ne sommes pas impactés concernant la réparation mais il est difficile de le quantifier.

Est-ce que vous pourriez faire le portrait-robot du client qui fait réparer ses équipements, plutôt que de les remplacer?
C’est un client qui souhaite conserver son appareil pour plusieurs raisons :
• il se méfie un peu de la société de consommation,
• il refuse de jeter un appareil par principe,
• il a pris des habitudes avec les fonctionnalités offertes par le produit : télécommande, menu…,
• le design convient particulièrement à la décoration intérieure de son habitat.

Est-ce qu’à votre avis, l’impression 3D jouera un rôle dans la fabrication des pièces détachées à terme? Serez-vous concerné?
Vue la conception des télévisions, ne seront impactées par l’impression 3D que les pièces de fixation ou de décoration (cache arrière, ébénisterie). Ce qui pour l’instant reviendrait trop cher.
Les pièces électroniques pures tels que condensateurs, circuits intégrés, diodes transistors, etc. ne seront pas concernés car elles sont fabriquées dans des usines spécialisées en composants électroniques.

Est-ce que vous attendez de la loi Hamon qui entrera en vigueur dans deux ans des retombées en terme de volume d’affaires?
Si effectivement les constructeurs s’engagent, passé le délai de garantie de 2 ans, à fournir les pièces détachées d’origine à un prix raisonnable pendant plusieurs années, les consommateurs seront incités à faire réparer leur téléviseur dès qu’il sera en panne. Aujourd’hui, le discours des grandes surfaces ou des magasins spécialisés indique aux clients « on ne répare plus les téléviseurs, on les remplace » ou alors « les réparations sont très chères ».

Comment est réparti votre chiffre d’affaires entre réparation et autres?
Actuellement, notre chiffre d’affaires se compose à environ 50% des réparations et 50% d’interventions à l’extérieur (antenne, vente de téléviseur, réglages etc.). Mais, plusieurs entreprises dans notre région Midi-Pyrénées, ont pour unique activité la réparation.

Craignez-vous qu’une fois la crise économique passée, les nouveaux comportements (soucieux de l’environnement, et tournant le dos à la société d’hyper-consommation) disparaissent?
Depuis le début de la création de notre entreprise (1996), nous avons toujours réparé le matériel électronique que les clients nous ont confié. Nous pensons que la crise passée, ces mêmes clients continueront à faire réparer leur produit dans les mêmes proportions.

Quelles sont les qualités d’un chef d’entreprise dans le secteur de la réparation? Qu’est-ce qui fait qu’il se peut se distinguer des autres?
La passion de l’électronique, le perfectionnisme et son professionnalisme sont les qualités essentielles pour suivre l’évolution technique et être toujours performant dans la maintenance des produits électroniques grand public. Il est très important pour le chef d’entreprise de suivre les formations techniques sur les nouveaux produits pour  apporter aux consommateurs un service de qualité.

atelier pro videoAPV (Atelier Pro Vidéo)
COLOMIERS (31)
http://www.atelierprovideo.fr
Spécialiste dans la maintenance du matériel audiovisuel et l’installation et la réfection d’antenne

 

One thought on “« Les consommateurs ont pris conscience du gaspillage inutile. »

  1. Pingback: « Réparer des objets : au-delà de la symbolique, un modèle d’entreprise individuelle bien dans l’air du temps » | Marchés & innovations - Horizon 2020

Laisser un commentaire