Le slow made

Depuis le milieu des années 80 apparaissent des mouvements, au sens de groupes de personnes aspirant à des changements (dans le travail, la création, les habitudes, les manières de voir, etc…), qui se baptisent « slow » (c’est-à-dire « lents » en anglais) , qui font du temps, et non de la lenteur, un vecteur de croissance et de développement pour l’économie. Le premier d’entre eux fut le mouvement Slow food, en réaction à l’accélération de l’implantation des fast-foods dans les métropoles occidentales. Le mouvement Slow made est le dernier né des mouvements Slow. Créée fin 2012 en France, cette signature collective signifie : « fait en prenant le temps nécessaire ».  L’Institut national des métiers d’art (INMA), qui le soutient depuis sa création, le définit ainsi :

«SLOW MADE»[slomed] n.m (nom déposé)

  1. Mouvement rassemblant une communauté d’acteurs des métiers de la création.
  2. Art de vivre d’une société aux choix éthiques de production et de consommation.
  3.  Signature collective valorisant la maîtrise et le temps du geste au service de la recherche et de l’innovation.

Contrairement aux autres mouvements slow qui se concentrent sur un secteur particulier (Slow city, Slow fashion, Slow design, etc.), le mouvement Slow made rassemble des professionnels de sphères différentes liées aux métiers d’art, au design, à la mode, à la communication et à l’économie. En 2013, le mouvement Slow made obtient le parrainage du Ministère de la culture et de la communication et de celui de l’Artisanat, du commerce et du tourisme. Début 2014, l’association Slow Made est créée. Elle est considérée, à ce jour, comme un groupe de réflexion (think tank). Cette association intervient dans le cadre de conférences et de tables-rondes auprès de professionnels, d’étudiants en écoles d’art et de design ou en écoles de commerce. De plus, elle soutient les actions Slow made lors de salons professionnels, d’expositions, d’actions locales ou de workshops.

Applications et déploiement dans l’artisanat

Le mouvement Slow made est un mouvement résolument progressiste, qui préconise l’inverse de la précipitation. Le «temps nécessaire», le «temps juste» sont au fondement même de ce mouvement qui concerne tous les acteurs de la chaîne de valeur d’un produit : de la création à la consommation, en passant par la conception et le développement, l’approvisionnement, la production.
Slow made est ainsi la définition d’un nouveau modèle qui agit sur certains domaines et les  valorise :

  • la recherche et la conception,
  • la façon de produire,
  • la maîtrise du geste,
  • la transmission du savoir-faire,
  • l’appropriation de l’objet.

Il engage donc ses acteurs (auteurs, producteurs, consommateurs) à une éthique responsable. Le travail humain est valorisé par un produit bien conçu et de bonne qualité, qui répond aux attentes des consommateurs.

Le slow made valorise la créativité

Dans la situation actuelle, on pourrait réduire l’innovation à un facteur de productivité. Ce serait oublier la créativité de chacun. En faisant la promotion d’une réflexion utile, d’une collaboration nécessaire, d’une conception aboutie, c’est l’ensemble de la chaîne qui en bénéficie. Preuve en est la rencontre provoquée par l’association Slow Made lors du workshop collaboratif organisé au Palais de Tokyo à Paris lors des journées européennes des Métiers d’Art en 2014 : des professionnels issus d’univers différents mais néanmoins complémentaires ont, pendant un week-end, repensé l’abat-jour. Ces artisans, ces designers et ces hackers-makers ont réfléchi ensemble et conçu de nouvelles propositions d’ennoblissement de la lumière. Les premiers résultats ne sont que des points de départ matérialisés par des prototypes, des concepts. Mais cela montre à quel point il est essentiel de prendre le temps d’échanger entre professionnels d’horizons divers, de découvrir de nouvelles technologies, de se les approprier afin de proposer de nouvelles solutions esthétiques, de nouvelles solutions d’usage, de nouvelles solutions durables.
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Le slow made préconise une production responsable

Notre modèle de croissance, tout le monde l’atteste, épuise les ressources naturelles. Face à l’obsolescence programmée, il convient à chacun de refuser cet état de fait et de soutenir la pérennité programmée des objets de notre quotidien. Notre rapport à l’environnement doit également être modifié, chacun à son niveau : c’est s’assurer que les matières premières utilisées sont prélevées et transformées dans une démarche de développement durable, c’est aussi s’approvisionner en circuit courts, c’est veiller au faible impact de la production sur l’environnement. C’est pourquoi le mouvement Slow made préconise une production responsable et juste prenant en compte tous les facteurs de développement, et ce, dans une démarche durable.
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Le slow made encourage la maîtrise et la transmission d’un savoir-faire

La dimension humaine dans la production est, sans conteste, un réel élément de valeur ajoutée. Cette dimension, c’est le geste juste et sûr de l’artisan ou de l’ouvrier, c’est une démarche de conception aboutie qui se poursuit jusqu’aux dernières finitions et se termine par une sensibilisation du consommateur au travail bien fait, à la qualité. Cette démarche nécessite donc du temps à l’artisan pour la maîtriser, la mettre en œuvre et la développer.
La maîtrise du savoir faire est liée à la formation et à la transmission. La valorisation de l’artisan par la formation tout au long de la vie permet d’adapter la tradition du métier aux nouvelles technologies, aux nouvelles normes, aux nouveaux process. Celui-ci pourra donc transmettre plus facilement les bases de son savoir-faire à celui qui l’accompagne, ou prendra sa succession. La transmission, définition même du temps passé à échanger, à donner, à offrir le savoir-faire à l’apprenant est, pour l’entreprise, un investissement rentable, efficace, et durable.

Le slow made responsabilise le consommateur

Le consommateur est également acteur de ce mouvement : son acte d’achat résulte d’un choix porté sur un objet, vecteur de valeurs partagées. Ce modèle de consommation durable s’oppose au modèle du tout jetable : il vise à produire moins et mieux.
L’artisan, doit, lui aussi, responsabiliser ce consommateur en communiquant plus efficacement, plus clairement, en justifiant ce prix juste qui résulte de l’ensemble des phases de développement  et de production d’un objet.
Le mouvement Slow made, finalement, « souhaite engager les acteurs économiques des savoir-faire vers un « développement patient » où le temps nécessaire à la croissance est pris en considération et valorisé. » (Wikipedia)
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Pour en savoir plus :

Slow made :
https://fr-fr.facebook.com/slowmade.net
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/3303332030712/index.shtml
http://fr.wikipedia.org/wiki/Slow_Made

Mouvements slow
http://mathildebrunelet.com/le-mouvement-slow/
http://www.cairn.info/magazine-sciences-humaines-2012-7-page-6.htm
http://slowmouvement.wordpress.com/
http://www.francetvinfo.fr/culture/slow-tv-slow-food-slow-cities-cinq-facons-de-ralentir-le-rythme_469634.html

Contacts :
https://fr-fr.facebook.com/slowmade.net