Le financement participatif : une nouvelle donne pour les projets d’entreprises

billets160_160Recueillir le soutien financier de particuliers via une plate-forme sur internet, c’est de cela qu’il s’agit lorsque l’on parle de financement participatif, de « crowdfunding » ou encore de « financement par la foule ». Si cette alternative financière ne couvre pas à elle seule tous les besoins d’un projet de création-reprise ou de développement, elle peut constituer un véritable levier pour obtenir un financement bancaire complémentaire. Le financement participatif est un concept ancien qui a pris de l’ampleur dans les dernières années avec le développement des réseaux sociaux. Ce mode de financement s’est construit à l’origine sans l’aide des acteurs traditionnels du financement comme les banques, grâce à des particuliers, des investisseurs ou des fonds de capital risque qui ont cru en ce nouveau mode de financement. Aujourd’hui, on peut constater que les banques s’intéressent de plus en plus à cette alternative financière.

Qu’est-ce que le crowdfunding ?

Il s’agit d’un nouveau modèle de financement en direct qui permet aux porteurs de projets, très souvent innovants, dans les domaines artistique et culturel, technique et scientifique, politique, social, caritatif, mais aussi entrepreneurial… de lever des fonds directement auprès du grand public. Il n’y a pas de secteur exclu du financement participatif. Il est porté par des plates-formes web qui se substituent aux intermédiaires traditionnels – banques, fonds de capital-risque, …etc. – en jouant un rôle de mise en relation. Elles proposent aux particuliers, « la foule », de mobiliser leur capacité de financement dans le cadre de projets qu’ils choisissent eux-mêmes, selon plusieurs formules. L’absence d’intermédiaire, puisque tout se déroule via les plates-formes web, permet un financement direct des particuliers « en circuit court » vers des projets qu’ils souhaitent soutenir.

Trois « types » de Crowdfunding

  • Le don ou la contribution pouvant donner lieu à des contreparties en nature (CD, place de spectacle). On parle souvent de modèle « don / contre-don ».
  • Le prêt à titre gratuit ou rémunéré (peer to peer lending ou crowdlending).
  • La prise de participation par la souscription de titres (actions ou obligations), l’investisseur acquérant des titres de capital émis par l’entreprise ainsi soutenue (crowdinvesting ou crowdequity).

À la différence d’une banque classique, ce sont bien des particuliers qui investissent directement de manière intéressée ou non pour des montants qui vont de quelques dizaines à plusieurs centaines de milliers d’euros.

L’intérêt du financement participatif est que l’on peut financer des petites sommes (quelques milliers d’euros) ou des plus grosses (jusqu’à 1 million d’euros). Fin 2014, une ordonnance du gouvernement permettra aux entreprises de lever jusqu’à 1 million d’euros en prêt ou en capital. Toutefois, selon les plates-formes, le montant possible de collecte de fonds peut être plus limité.

Un outil alternatif ou complémentaire aux parcours de financement traditionnel

Pour réaliser une collecte de fonds via le financement participatif, il faut passer par une plate-forme spécialisée, élaborer et déposer un dossier de présentation du projet et lancer via la plate-forme et les réseaux sociaux l’appel à la levée de fonds. Il y a généralement une durée de collecte limitée pendant laquelle on mobilise les particuliers sur son projet.

Parce qu’elle crédibilise les projets qu’elle permet de financer à travers l’adhésion d’un grand nombre de particuliers et/ou d’investisseurs, une levée de fonds réussie via les plates-formes de crowdfunding constitue un excellent tremplin pour l’obtention de financements complémentaires auprès d’organismes bancaires. Car la capacité à mobiliser autour de son projet et l’aptitude à convaincre de son potentiel sont toujours des arguments de poids auprès des banques. Au-delà du financement, obtenir l’adhésion et la mobilisation de particuliers autour de son projet est une nouvelle forme de communication, complémentaire aux autres démarches.

Le financement participatif, un modèle en expansion

Le nombre d’initiatives proposées et financées par les plates-formes de crowdfunding est en forte expansion. D’après le baromètre de l’association Financement Participatif France, le crowdfunding a permis de récolter 78,3 millions d’euros en 2013. Soit plus du double par rapport à l’année 2012. En trois ans, 650 000 internautes ont financé 32 217 projets. 44 % de cette somme ont été consacrés au financement d’entreprise. Ce développement est notamment soutenu par le gouvernement français, qui a annoncé un nouveau cadre réglementaire en février dernier et affiche son souhait de faire de la France un champion mondial du financement participatif. Avec ce nouveau cadre fixé par ordonnance et qui sera mis en application en octobre prochain, le gouvernement ouvre la voie à de nouvelles modalités de financement, comme le prêt rémunéré qui était jusqu’à présent soumis au monopole bancaire. Le texte vise également à protéger les particuliers en fixant des règles claires aux plates-formes souhaitant être homologuées.

Comment choisir sa plate-forme en fonction de son projet ?

Pour un artisan, un commerçant, un créateur ou un repreneur d’entreprise, il convient de bien choisir sa plate-forme de financement participatif. En fonction du projet, elles ne seront pas forcement toutes adaptées. Pour chaque variante du crowfunding, il existe des plates-formes spécialisées.

En effet, pour un projet culturel ou artistique, la rétribution du financement peut se faire sous la forme de contreparties symboliques (places offertes à des concerts, avant-première etc…). On peut citer par exemple les plates-formes françaises « KissKissBankBank » ou « Ulule » pour le don / contre-don. Pour un projet artisanal, agricole ou commercial, le modèle don / contre-don est souvent moins adapté et il est souvent préférable de choisir une plate-forme de financement participatif qui fonctionne sous forme de prêt, à titre gratuit ou non. On peut citer à titre d’exemple les plates-formes « Hellomerci » ou « Unilend ».

Les points de recommandations aux porteurs de projets en recherche d’un financement participatif

Une levée de fonds réussie sur une plate-forme de financement participative n’est pas moins difficile que d’obtenir un emprunt bancaire classique, car là aussi pour réussir il faut convaincre. Toutefois, l’exercice mérite d’être tenté, car au-delà de la collecte, c’est une vraie stratégie de communication que l’on met en place. La réussite est autant en terme de notoriété que financière.

  • Ne pas hésiter à se faire accompagner : si le financement participatif permet aux porteurs de projets de se passer des intermédiaires traditionnels ou de compléter leurs sources de financement, la nécessité d’être accompagné n’en disparaît pas pour autant. Un accompagnement par un professionnel permettra de mieux présenter son projet et de le rendre crédible. Une demande de financement soutenue par une chambre consulaire peut notamment permettre de favoriser le succès de la collecte auprès des particuliers.
  • La pertinence d’un point de vue économique : la rentabilité du projet et la capacité des porteurs à la mettre en valeur sur la plate-forme internet, tant sur la forme que sur le fond, sont essentiels. Il faut rendre intelligible son modèle économique pour le plus grand nombre.
  • L’attractivité et la communication sont les maîtres mots : Il faut savoir vendre, rendre visible son dossier et mobiliser sa communauté, son réseau d’amis, son entourage et le grand public. Il faut soigner l’accroche et la présentation du projet, raconter une histoire qui va séduire l’internaute, le convaincre.
  • La maîtrise de la technique des réseaux sociaux : la connaissance de la communication sur Internet est souhaitable, mais pas indispensable. Pour réussir, on n’a pas besoin d’être un expert des réseaux sociaux, mais là aussi se faire accompagner est une clé de la réussite car l’enjeu est de mobiliser le plus d’individus, le plus rapidement possible.

À titre d’exemple, sur les plates-formes (Hellomerci, Unilend), on peut noter plusieurs succès story d’artisans ou commerçants ou exploitants agricoles qui ont pu financer du matériel, de la trésorerie, et au final leur projet grâce au financement participatif.

Auteurs

Pascal CHARRIER – Directeur Département Services aux entreprises – Chambre de Métiers et de l’Artisanat
www.cma-niort.fr
Vincent BIOTHELLOMERCI
www.KissKissbankbank.com

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