Le drive de produits locaux, un mode de commercialisation adapté à l’artisanat

Un drive de produits locaux permet à deux attentes de se rejoindre. D’une part, celle de consommateurs de plus en plus pressés et pratiquant la commande en ligne, d’autre part celle du «locavore» néologisme utilisé pour désigner le consommateur qui donne la priorité aux produits locaux et sains, dont l’origine géographique est située à moins de 160 km de son assiette…. Il est vrai que les différents scandales alimentaires passés, la défiance qui en a résulté, ajoutés à l’envie de préserver l’environnement, jouent en faveur du manger local !
En 2010, 71 % des Français interrogés pensaient qu’il est important d’acheter des produits locaux (*Source : Natural Marketing Institute). Cependant, la pratique locavore est loin d’être majoritaire car l’offre de produits locavores ou locaux est limitée dans les commerces.
Selon Lionel Astruc, coauteur de «Manger local», la part de marché des circuits courts n’atteint aujourd’hui que 1 à 3 %, alors que la demande pourrait couvrir 10 à 20 % du marché».

Une réponse adaptée à un marché de proximité

Les premiers drives issus de la grande distribution naissent au début des années 2000 et sont, depuis, présents dans les plus petits territoires. Pour une fois, l’artisanat peut s’inspirer des idées de ses «meilleurs ennemis» ! Pourquoi ne pas répondre aux deux attentes des clients : allier le côté pratique du Drive et proposer des produits sains et locaux ?


Une étude de marché, préalable à l’installation de notre drive en Loir-et-Cher, nous montre que 78% des 560 personnes interrogées trouvent notre idée séduisante et déclarent être de futurs clients potentiels. C’est une clientèle à revenu moyen et haut. Les produits de qualité et de proximité les rassurent. L’aspect pratique et rapide de la commande en ligne et de la réception des produits viennent immédiatement après, avec une demande majoritaire : humaniser la réception des commandes et ne pas faire comme dans la grande distribution où l’on pose la commande dans le coffre, point final.
Une visite au premier drive fermier en Gironde (www.drive-fermier.fr/33/), nous permet d’affiner le profil de notre futur drive. La communication est primordiale, la grande variété de produits également. Cette visite très instructive nous montre que nous avons deux atouts, qui se confirment depuis l’ouverture de mai 2014 : nous sommes sur un petit territoire et l’esprit de solidarité locale est fort, il est ainsi plus facile de démarrer l’expérience. De plus, proposer des produits artisanaux et fermiers attire les clients car ils cherchent non seulement à découvrir des produits mais également à se simplifier la vie en trouvant tout en un même lieu.

Les phases de mise en place d’un drive

Une première phase (mai à décembre 2013): construire une base solide d’artisans et de producteurs pour qui le drive est un moyen supplémentaire de se faire connaître et de vendre. Cela passe par une première convention avec la Chambre d’agriculture, et ensuite, par la création d’une association dont les deux chambres prennent la co-présidence. le projet est baptisé Baladodrive.
Un premier groupe d’artisans et de producteurs «leaders» (huit artisans et huit producteurs, huit femmes et huit hommes, aux métiers variés (boucher, charcutier, boulanger, pâtissier, confiturier, éleveurs de vaches à viande, de vaches laitières, de chèvres, maraîcher, arboriculteur) se sont engagés à donner de leur temps pour construire le projet.

La Chambre de Métiers et de l’Artisanat et la Chambre d’agriculture mettent en place l’ingénierie préalable au lancement et accompagnent les 16 leaders sur :

  • l’animation du groupe de travail de 8 agriculteurs et 8 artisans,
  • la rédaction d’une charte de référencement dont tous les fournisseurs seront signataires,
  • la création d’une structure juridique qui portera les «drives» (statuts, budget),
  • la sélection des fournisseurs et l’alimentation du site internet,
  • la recherche de partenariats financiers.

Une seconde phase (janvier à mai 2014) consistera à installer le drive dans le paysage local. L’association et les deux Chambres consulaires travaillent ensemble sur les points suivants :

  • l’élaboration d’un plan de communication,
  • la définition du fonctionnement : il est décidé d’un fonctionnement hebdomadaire : mise à jour des produits le lundi par les agriculteurs et les artisans, commandes entre le lundi et le mercredi soir, livraison, constitution des commandes et retrait le vendredi,
  • le choix d’un site de retrait à Blois, (Vendôme et Lamotte-Beuvron viendront en fin d’année 2014),
  • le recrutement et la formation du salarié,
  • la mise en place d’une phase test (avril 2014 avec les salariés des deux Chambres),
  • le lancement officiel en mai 2014.

En associant agriculteurs et artisans, le projet recrée des liens entre professions et renforce ainsi les filières locales.
Grâce au site web, aux rencontres et animations sur les points de retrait des commandes, les consommateurs sont sensibilisés à la consommation de produits locaux et mieux informés sur les métiers des agriculteurs et des artisans.

Quelques points de vigilance…

  • S’assurer d’une diversité constante de produits et d’une quantité suffisante, la clientèle est exigeante et se décourage vite.
  • Maintenir un lien avec le client : newsletter mensuelle informant sur la vie du drive et zoomant sur un producteur ou un artisan.
  • Prêter une grande attention au recrutement de l’animateur, en médiation constante avec les artisans et les producteurs.

Des résultats prometteurs après deux mois d’exploitation…

Après deux mois d’exploitation, une enquête de satisfaction menée auprès des clients et fournisseurs du drive atteste la réussite du projet et confirme certains points de vigilance. D’une manière générale, les clients sont très satisfaits de Baladodrive : 98% des commandes ont été livrées conformes, 99% des clients souhaitent recommander sur www.baladodrive.fr et 98% recommanderaient Baladodrive à leurs proches. Les 450 clients référencés qui réalisent une centaine de commandes par semaine pour un panier moyen de 45 euros sont composés à 90% de femmes et la plupart d’entre elles sont employées et cadres. Point important : près de 70% des interrogés se trouvent à moins de 5km du drive (lieu de travail en majorité). Il y a deux types de clients pour Baladodrive : les personnes pressées et adeptes des drives, ainsi que les personnes qui commandent pour échanger sur les produits avec les artisans et agriculteurs. Dans tous les cas, et ceci, à la grande majorité, les clients souhaitent manger «local» et être sûrs de la traçabilité des produits qu’ils achètent. Ils sont majoritairement en demande d’une extension de l’offre proposée actuellement par le drive.

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