La stratégie collective dans les métiers d’art

Stratégie collective dans les métiers d'artDepuis décembre 2003, le Ministère chargé de l’Artisanat a publié par arrêté la liste des métiers de l’artisanat d’art. Cette liste comprend officiellement 217 métiers, classés en 19 domaines définis selon le matériau ou l’activité. Depuis peu, les métiers d’art français ont vécu un tournant sans précédent dans leur histoire, puisque l’article 20 de la loi Artisanat, Commerce et TPE promulguée le 18 juin dernier, reconnaît officiellement pour la première fois les métiers d’art en tant que secteur économique à part entière. Toutefois, ce secteur d’activité reste encore peu valorisé et mal perçu. C’est pourquoi les artisans d’art ont tendance à innover de plus en plus en matière de stratégie collective, pour s’adapter à une société sans cesse en évolution et fortement orientée vers une consommation de masse et à bas prix.

Qu’est-ce qu’une stratégie collective?

Selon Stéphanie Loup, docteur en Sciences de gestion à l’Université Montpellier I, « la stratégie entrepreneuriale collective peut être définie comme la stratégie d’un ensemble de dirigeants renonçant à leur propre stratégie individuelle au bénéfice d’une action collective nouvelle, dans le but de saisir une opportunité jusqu’alors inexploitée. Afin que ce renoncement soit possible et que le risque d’opportunisme soit limité il est important que la stratégie soit réalisée entre dirigeants de proximité géographique ou professionnelle. »  Les métiers d’art ne constituent-ils pas une profession unique, une grande famille au sein de laquelle chacun œuvre pour survivre ensemble ? Nous ne considèrerons ici que l’aspect ponctuel de la collaboration. Il ne s’agit pas d’évoquer les programmes de développement de ces métiers mis en place par les institutions, ni les regroupements associatifs qui s’inscrivent plutôt dans une logique de production ou de commercialisation continue. Depuis quelques années, nous avons constaté plusieurs types de collaboration ponctuelle :
-    La mutualisation des compétences
-    La mutualisation de moyens
-    La collaboration commerciale
-    La collaboration créative

Mutualiser des compétences

Il s’agit de combiner les savoir-faire qui vont permettre de créer de nouveaux produits qui associent alors différentes matières. En effet, les métiers d’art sont souvent cloisonnés. Par définition, ou par la contrainte métier, bien souvent le ferronnier ne travaille que le métal, l’ébéniste ne travaille que le bois, le verrier ne travaille que le verre, etc… Les produits fabriqués sont par conséquent restreints à la matière ou aux matériaux des métiers concernés. Ceci représente un frein à la créativité. En mettant en commun leurs compétences, les artisans d’art vont pouvoir concevoir de nouveaux produits qu’ils n’auraient pu fabriquer seuls auparavant. Par exemple, récemment en région parisienne, un ébéniste et un ferronnier se sont associés pour développer une gamme de mobilier où le bois et le métal constituent les produits. Un autre ferronnier s’est associé par exemple avec un vitrailliste pour créer des luminaires associant métal et verre.

Mutualiser des moyens

Ici, les artisans possèdent des savoir-faire similaires, mais faute de moyens, qu’ils soient techniques ou humains, ils ne peuvent répondre individuellement à un chantier. Ils décident alors de collaborer plutôt que de se faire concurrence, afin de décrocher le marché. Cette collaboration est surtout observable pour des entreprises installées dans la même région, et pour des entreprises mono salariales ou intégrant un salarié ou un apprenti.  Le magazine Fèvres n°43 d’octobre 2012 illustre très bien ce cas où une entreprise de ferronnerie en surcharge d’activité et en manque de main d’œuvre, propose à une autre qui est en difficulté économique, de collaborer sur un chantier de pose d’une verrière, place du Vigan à Albi. La mise en relation a été initiée par le réseau midi-pyrénéen des Chambres de Métiers et de l’Artisanat, et la collaboration a pu voir le jour après des échanges téléphoniques entre les deux parties pour discuter des modalités et des compatibilités d’humeur de chacun, pour que tout soit clair dès le début. Ce type de collaboration existait déjà auparavant, mais elle concernait plutôt des entreprises qui n’étaient pas en concurrence directe, ou celles dont les dirigeants étaient liés par une forte amitié.

Vendre ensemble

Pour les artisans d’art qui ne travaillent pas uniquement  sur commande et qui ont une production à écouler, il est impératif de valoriser leurs produits en disposant d’un espace de vente attrayant situé dans un endroit fréquenté, si possible touristique, et qui mette en lumière les objets présentés. A vrai dire, la majorité des artisans d’art ne possède pas un tel espace de vente. Il existe bien entendu des réseaux de boutiques spécialisées ou des galeries, mais ces solutions, parfois onéreuses, ne cadrent pas toujours avec l’image que veut transmette l’artisan d’art, dont les créations sont souvent noyées au milieu d’autres, ce qui entraîne une perte d’identité plutôt qu’une valorisation. De plus en plus souvent, certains artisans d’art se regroupent à 2, 3 ou 4 pour louer un espace de vente sur une période de quelques mois, qu’ils gèrent eux-mêmes et dans lequel ils assurent la vente à tour de rôle. Cette solution permet d’une part de varier les lieux, de choisir avec qui et avec quels autres objets ses produits seront exposés, et de cibler les périodes de l’année les plus propices à la vente.

Créer ensemble

Dans ce domaine, les initiatives se multiplient. Il s’agit de rassembler durant quelques jours des professionnels de tous horizons, et de confronter leur savoir-faire pour les faire réfléchir sur la façon dont ils pourraient associer leurs compétences et leurs matériaux de prédilection. Par exemple, l’AFTAB (Association Française pour le Tournage d’Art sur Bois) organise tous les 2 ans un séminaire de collaboration artistique qui s’intitule « L’Art et la Matière ». L’objectif est de réunir une cinquantaine d’artisans d’art et artistes pendant 6 jours, mêlant métiers d’art, approches et savoir-faire différents pour libérer la créativité et créer ensemble, sans aucune limite. Ce séminaire se clôture par une vente aux enchères des pièces ainsi réalisées. Ce moment unique permet aux participants d’élargir leur champ de vision, souvent restreint par leur métier, et de repartir riches d’idées et d’inspiration.

Recommandations aux entreprises

Pour trouver des opportunités de collaboration, il faut avant tout sortir de l’atelier pour prendre du recul, pour nouer de nouveaux contacts et tisser son propre réseau. Il est parfois bon de connaître les collègues installés à proximité, dans la même région ou dans les régions limitrophes, et de regarder ce qui se fait ailleurs, un peu plus loin. Certes, il n’est pas toujours facile de trouver le temps et de suspendre temporairement la production. Une fois le contact établi, sachez formuler clairement vos souhaits. Il faut prendre le temps d’échanger pour que les objectifs et les modalités soient définis clairement dès le début et que chacun y trouve son compte. N’hésitez pas à poser des questions, soyez curieux, explorez… Osez expérimenter !


 

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