De la maîtrise d’un procédé technologique à la mise en place d’un bureau d’études dans le secteur de la sous-traitance industrielle. Cas du procédé de la texturation laser

Laser200-133L’univers des lasers est riche, tant au niveau des technologies utilisées ou en développement, que des secteurs d’activités et champs d’applications. Grâce à une puissance phénoménale développée en un temps très court, le laser sait aujourd’hui couper, percer, usiner, graver de plus en plus de matériaux et des épaisseurs de plus en plus grandes. Les technologies laser s’invitent partout et sont incontournables dans l’automobile, l’aéronautique, les télécommunications ou le médical.
Lorsqu’elles sont bien maîtrisées, ces technologies offrent aux entreprises de sous-traitance industrielle des opportunités pour redéployer leur activité : investir des marchés de niche, se spécialiser vers des marchés à forte valeur ajoutée. Et particulièrement, la maîtrise technologique apporte de réelles opportunités dans le champ des services, à la fois de diversification de son activité et de différenciation par rapport à ses concurrents.

De la maîtrise du procédé…

La texturation de surface fait partie des domaines d’applications de la technologie laser pour le marquage à des fins de traçabilité, pour l’amélioration des performances tribologiques de pièces ou encore la création de motifs en surface de pièces moulées, qui nous intéresse plus particulièrement ici.

Le principe utilisé est celui de l’usinage laser par ablation de matière : la réalisation de textures superficielles sur moules permet la reproduction sur la surface de pièces moulées de motifs simples comme des stries, des cratères, des effets matière (peau, ardoise,…), d’état de surface tactile (rugueux,…) et de motifs compliqués que la nature les a imaginés, comme les écailles du requin.

Les principales spécificités et avantages du procédé sont les suivants :

  • rapidité d’exécution,
  • reproduction authentique des textures/décors avec une précision micrométrique,
  • ajout de fonctionnalités sans limitation de forme ni dimension,
  • application sur une large gamme de matériaux, sans influence de leur dureté (acier, aluminium, titane, céramique, verre,..)

…au service amont de type Bureau d’Etudes

Pour des entreprises artisanales de sous-traitance, le plus souvent pour l’industrie du moule, la maîtrise de cette technologie laser offre une double opportunité : celle de pouvoir proposer une prestation complémentaire à celle fournie habituellement, se positionnant ainsi sur le marché de niche de la texturation de surface avec des applications dans des secteurs d’activités plus variés : verrerie, orfèvrerie, cosmétique, pharmaceutique, agro-alimentaire,… et surtout celle de pouvoir développer une activité de service amont de type B.E.. En effet, la texturation par laser d’un moule ne peut s’effectuer qu’après une étape de création/numérisation que l’entreprise artisanale a tout intérêt à intégrer pour proposer une prestation à forte valeur ajoutée :

  •  conseils sur le choix de la texture, du motif et de la zone d’application, en fonction du produit/rendu souhaité,
  •  création d’un fichier numérique 3D (ou 2D) par digitalisation d’un modèle physique,
  •  rendu photographique réaliste en 3D du produit ou «Industrial Rendering» pour valider les éléments techniques (couleur, profondeur de texture, ombre/lumière,…) avant réalisation,
  • application de la texture sur la surface 3D (ou 2D) appelée «Mapping», pour maîtriser les raccords, gérer les zones de déformations et obtenir la validation complète du client.

La mise en place d’un tel service est un véritable levier de développement pour une entreprise artisanale qui peut ainsi :

  • proposer un service à forte valeur ajoutée qui valorise des prestations de créations et d’études, inclus dans une offre globale : de la conception de textures à la réalisation du moule destiné à appliquer cette texture sur le produit fini, semi-fini ou le packaging,
  • développer les compétences au sein de l’entreprise par l’acquisition de savoir-faire dans les technologies numériques, l’infographie,…
  • modifier son positionnement stratégique en passant d’une activité de sous-traitance pure à celle d’un B.E.. L’entreprise artisanale intervient alors comme prestataire en direct avec le client final, avec comme interlocuteur, non plus les services achats ou de production, mais les services Marketing et de R&D.

Recommandations aux entreprises

Une diversification vers une prestation de service de B.E. à forte valeur ajoutée peut représenter de réelles opportunités de développement pour une entreprise artisanale.
Néanmoins, quelques prérequis sont nécessaires parmi lesquels : un savoir-faire technologique fort maîtrisé par l’entreprise et un dirigeant pro-actif capable d’identifier des opportunités de marché et doté d’une certaine ambition pour se positionner en tant que conseil auprès de ses futurs nouveaux clients. C’est d’ailleurs probablement en les sollicitant qu’il parviendra à définir le service le plus opportun. Rappelons que 71% des chefs d’entreprises artisanales interrogés pour l’élaboration du guide «Nouvelle Donne pour l’Innovation»* en 2013 considèrent la collaboration avec leur client comme source clé de l’innovation.
D’autres points de vigilance sont à noter pour les entreprises qui souhaiteraient innover avec un nouveau service.
Ce type de projet nécessite d’avoir une appétence pour des technologies non maîtrisées jusque là : l’utilisation de nouvelles technologies numériques par exemple nécessitera formation ou recrutement qu’il faut anticiper.
La mise en place d’un nouveau service s’accompagne de démarches commerciales spécifiques : différentes de celles pratiquées dans le cadre d’une relation de sous-traitance, elles s’effectuent envers de nouveaux clients et interlocuteurs, dont il est nécessaire de maîtriser les codes et auxquels il faut s’adapter.
Enfin, savoir mobiliser tant les compétences techniques que financières, via les différentes structures d’accompagnement publics ou privés (pôles d’innovation, centres techniques, associations spécialisées, écoles,..) permet de sécuriser le projet et de gagner du temps dans son déroulement.
Tout l’enjeu est donc de savoir gérer un projet d’innovation de service en mode collaboratif avec un dirigeant ouvert sur l’extérieur, des clients partenaires de l’entreprise artisanale et des centres de compétences et de financement en appuis spécialisés.


*Nouvelle Donne pour l’Innovation : www.ndi-innovation.com

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